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Le carnet de Maroi · Dans les relations

Il faut que je craque pour qu’on voie tout ce que je porte ?

Anticiper, rattraper, tenir : comment rendre visible ce qui repose sur soi et préparer une demande de relais précise ?

Cette question peut surgir après une journée où rien n’a débordé, justement parce qu’on a tout rattrapé. Un oubli signalé à temps, un échange repris pour éviter un malentendu, une tâche terminée alors qu’elle n’était pas prévue. De l’extérieur, tout semble fonctionner. De son côté, on se demande combien de temps on pourra encore tenir ainsi.

« Je fais tout, mais personne ne le remarque. » Cette impression mérite d’être entendue, puis précisée. Qu’a-t-on fait aujourd’hui qui n’était pas prévu ? Qu’a-t-on anticipé sans que cela soit demandé ? Que se serait-il passé sans cette intervention ? Dans une équipe, une association ou un service, ces questions permettent de décrire une contribution que le résultat final ne raconte pas entièrement.

Je propose de commencer par une journée récente, avec ses faits. Une demande reçue, le temps nécessaire pour la traiter, ce qui a été interrompu pour y répondre. Puis ce qui s’est ajouté : rappeler une échéance, chercher une information manquante, reprendre un dossier incomplet. Il ne s’agit pas de constituer un procès contre les autres. Il s’agit de pouvoir parler d’un travail précis, au-delà de « j’en fais trop » ou de « personne ne m’aide ».

Une autre distinction compte : ce que l’on a accepté de prendre en charge et ce qui nous est revenu progressivement, sans nouvelle discussion. Une aide ponctuelle peut être reconduite jusqu’à devenir une attente. À quel moment a-t-on convenu que cette tâche serait désormais la nôtre ? Avons-nous les moyens de la réaliser ? Qu’avons-nous laissé de côté pour qu’elle soit faite ? Ce sont des questions à poser ensemble, sans supposer d’avance la réponse.

Il faut aussi regarder ce qui rend la parole difficile. Dire « je ne peux plus tout prendre » expose parfois à une réaction que l’on redoute : décevoir, paraître moins fiable, être accusé de compliquer les choses. Dans ses travaux sur la sécurité psychologique au travail, Amy Edmondson examine précisément cette crainte des conséquences relationnelles lorsqu’on pose une question ou signale une difficulté. Elle invite à créer les conditions pour pouvoir en parler, tout en maintenant des attentes claires.

La reconnaissance et le relais appellent ensuite des réponses différentes. Un merci peut compter, mais il ne répartit aucune tâche. Pour préparer l’échange, on peut choisir deux contributions jusque-là peu visibles et une charge à revoir. « Je reprends ces dossiers chaque vendredi. Cela m’empêche de terminer ce qui était prévu. Comment répartissons-nous cette reprise dès la semaine prochaine ? » Cette formulation illustrative donne quelque chose de concret à examiner.

La suite mérite d’être vérifiée. Qui prend effectivement le relais ? Quelle information lui manque ? À quelle date revient-on sur cet accord ? Si rien n’a changé, on reprend ce point précis plutôt que de demander encore à chacun de faire un effort. Et si les obligations dépassent les moyens disponibles, la discussion doit porter sur ce qui sera maintenu, reporté ou réduit.

Dans l’accompagnement, je m’intéresse à cet écart entre ce que l’on porte et ce qui est reconnu ou convenu. Nous pouvons examiner une situation, préparer les mots pour l’aborder et suivre ce qui change après l’échange. Le point de départ peut tenir dans une question : qu’est-ce qui repose sur moi aujourd’hui, sans que nous l’ayons vraiment décidé ?

Maroi Hennouf
Fondatrice d’ORCYA – Conseil & Formation
Structurer – Décider – Avancer

Repère et source

Amy C. Edmondson, Harvard Business School, Leading in Tough Times, 22 novembre 2022. Source pour le passage sur la crainte de poser une question ou de signaler une difficulté au travail. Les questions et la formulation illustrative proposées ici sont des pistes d’accompagnement ; elles ne décrivent pas un cas client. Consulté le 7 octobre 2026.

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